
Liberation
Le
ROCK. Un groupe de bruiteurs minutieux venu de Leeds joue ce soir à
Lille, demain à Paris.
Par
Ne soyons pas naïf: le cas de Hood est pratiquement réglé d'avance. Quelques bons articles, un noyau de fan fidèles, mais des ventes de disques qui ne décolleront jamais. La musique de ces Anglais (telle celle des Américains d'Idaho ou Low) est trop particulière et mélancolique pour dépasser le stade du culte. Pour que leurs albums soient distribués normalement en Europe, ils leur a déjà fallu presque dix ans.
Folk
blême. La situation s'est débloquée l'an dernier quand,
à la faveur de la vaguelette post-rock auquel on peut éventuellement
les affilier, le label Domino a fini par sortir Rustic Houses Forlon
Valleys, qui n'était rien de moins que... leur quatrième
CD. Le reste de leur discographie (qui compte entre autre une petite dizaine
de singles sortis en vinyle sur des micro- labels régionaux) est
quasi introuvable. Aujourd'hui, alors que tous les membres de Hood travaillent
encore à droite à gauche pour gagner leur vie, ils ont produit,
dans des conditions un peu plus confortables que d'habitude, The Cycle
of Days and Seasons, disque pâle et fragile, mais envoûtant.
Une sorte de folk exsangue qui mêle guitares cristallines, quelques
cuivres ou violons et toutes sortes de petits bruits étranges (carillons
lointains, perceuses...) samplés ou montés en boucles sur
un vieux magnéto à bande dont ils apprécient la définition.
Des chansons lentes et douces et un travail sur les textures sonores qui
évoque certains groupes de techno expérimentale (Hood est
d'ailleurs très lié à Matt Elliot, alias Third Eye
Foundation, qui produit une jungle étrange et recommandable).
Quand on rencontre les frères Chris (guitares, chant) et Richard (basse) Adams, les piliers de Hood (qui peut compter jusqu'à quatre autres membres, selon les besoins), il est difficile d'imaginer ces deux-là comme faisant partie de la grande famille des neurasthéniques. «On nous demande systématiquement pourquoi notre musique est si mélancolique. Mais nous ne la ressentons pas ainsi. Pour nous, elle est avant tout rassurante et jolie.»
Tempo lent. Hood n'est pas un groupe complaisamment misérabiliste, mais ses chansons n'inciteront personne à sauter de joie. Il semble que leurs premières compositions étaient plus pop, avec «un petit côté Pavement»; puis le tempo s'est considérablement ralenti, à mesure qu'elles devenaient plus complexes. «Nous sommes de plus en plus méticuleux. Le son est très important pour nous. Au départ, il y a souvent une texture, une atmosphère, plutôt qu'un refrain. Mais si l'on adore triturer les sons, le silence est une composante à part entière de notre travail. A cet égard, le dernier album de Mark Hollis [ex-Talk Talk] nous a largement influencés. Il nous a confortés dans l'idée que cela ne sert à rien de faire du bruit à tout bout de champ. L'impact des choses qu'on retient est souvent plus fort que celui des choses qu'on déchaîne.» Résultat, il plane désormais sur Hood une sensation de conflit larvé, qui n'explose jamais vraiment.
Aujourd'hui basés à Leeds, les frères Adams ont conservé quelques préoccupations naturalistes de leur passé campagnard. «Même si notre musique a évolué depuis que nous habitons en ville, elle conserve un caractère rural. Cela nous manque, de ne pas vivre avec la nature. En ville, c'est impossible de ne pas se retrouver embarqué dans un rythme inhumain. On ne se rend même plus compte des saisons qui passent.»
Leur «Cycle des jours et des saisons» est une émouvante tentative pour retrouver ce rythme paisible, même si Hood semble ne connaître qu'une période: l'automne.